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November 24 Torcher (se)
C’est d’une main unique, tremblante d’émotion mais néanmoins experte que je vous livre ici en exclusivité l’origine du verbe qui anime justement ma deuxième main à l’heure où j’écris ces lignes, en provenance directe de la salle du trône. Que voulez-vous, l’immersion est indispensable pour s’imprégner de la substance même du mot…L’étimaulogie a ses règles, son éthique propre (au moins ça), et il ne sera pas dit que le professeur Brrrrr se dérobe à sa mission d’enseignement sous prétexte de conditions de travail quelque peu particulières au regard du terme dont il est question céans. C’est donc bien calé sur mon séant, la plume à la main, le parchemin sur les genoux et l’encrier stratégiquement placé là où j’ai pu, que je vais me livrer à ce difficile exercice, devant vous, qui consiste à vous rendre compte en temps réel du déroulement du Je vous préviens seulement que par plusieurs fois, je vais essayer de vous faire chier, mais c’est uniquement pour les besoins de la démonstration. N’en prenez donc pas ombrage, la démarche est scientifiquement chiantifique. Ça y est ? Vous êtes en place ? On ne bouge plus, le petit oiseau est sorti. Vous êtes au sein votre alma mater bien aimée, en cours d’étimaulogie, 3e année, dans l’Amphi Gouri (qui ressemble étrangement à une rangée de chiottes d’école maternelle, mais bon, on n’est plus à ça près)… Imaginez.
Imaginez un moment…imaginez le moment…imaginez le moment où pour la première fois, un homme (et plus certainement, à mon sens, une femme) eut l’idée d’essuyer le reliquat de matière fécale qui lui pendait au sacrum. Temps Modernes ? Renaissance ? Moyen-Age ? Antiquité ? Non, plus loin, encore plus loin… La pratique naquit juste après le néolithique, autrement dit suite à l’âge de la pierre polie, ainsi dénommée comme chacun le sait en raison de l’extrême courtoisie qu’elle a mis à céder avantageusement la place à l’âge du cul ivre. L’âge du cul ivre oui, vous lisez bien, honteusement transformé en cuivre par quelques enseignants pudibonds qui se sont évertués à montrer l’émergence de la ferronnerie pour justifier l’appellation « âge de cuivre » auprès des petits enfants, que vous n’êtes plus (trop) et auxquels en conséquence il n’y a plus aucune raison de cacher la vérité plus longtemps : l’âge du cul ivre est bien cet âge d’or (et non pas de cuivre, vous voyez bien), où avant tout embrigadement religieux mais après la découverte de quelques accessoires fort utiles au plaisir (dessous coquins en peau de panthère, jouets intimes en défense d’y voir, etc), l’Homme et la Femme pouvaient s’ébattre librement dans la nature, ivres de cul à la manière des Bonobos (NdlA : le chanteur de U2, même si vous le trouvez mignon, refuse catégoriquement jusqu’à l’idée de cette hérédité, allez savoir pourquoi). La quique et la fouffe à l’air sans tabou (ni pictionary pour les dessiner), à faire rêver debout l’ami Jean-Jacques (Rousseau, pas Debout)…L’Eden, quoi…Aucune contrainte morale, l’acception totale de l’état animal. Mieux : la conscience d’en être un, et subséquemment, le plus intelligent d’entre eux. Souvent, je me demande ce qui a pu se passer pour que l’espèce humaine renonçât à cet état de grâce et de bonheur simple, où l’idée même de se torcher n’existait pas et ne serait venue, en temps normal, à Vous rétorquerez certainement, et vous aurez raison, que votre chat recouvre ses excréments dans sa litière, que votre chien manifestement très con gratte des pattes arrière après chaque posage de pêche pour évacuer ou recouvrir la belle pyramide fumante qu’il vient de déposer et s’en fout -à votre grand désespoir- plein les poils et jusqu’entre les coussinets. Certes. Mais je soutiens que c’est un comportement qui est exactement à l’opposé du nôtre : c’est là une revendication de la présence de l’animal sur le lieu de la défécation que de mêler l’excrément de façon durable à la terre, alors que nous, pauvres cloches, tentons par tous les moyens de chasser cet odorant souvenir d’une digestion bien achevée, signe de notre toute puissance et de notre bonne santé pour qui voudrait l’analyser en détail afin de savoir à qui il a affaire sur le territoire qu’il empiète allégrement. Imaginez par exemple un ours venant renifler votre crotte… « Ouh là punaise, il (ou elle) a mangé du cerf à midi, et aux airelles en plus, alors que c’est pas du tout la saison…et…hum…snif…snif…et…non ??? Du cresson alénois en pleine saison de gel des ruisseaux ? Impressionnant, je me casse vite fait, trop fort(e) pour moi !! » Et voilà, si vous aviez laissé votre dépôt bien en évidence plutôt que de le noyer en cachette sous 25 litres d’eau, vous n’auriez pas ce plantigrade à vos trousses à l’heure qu’il est, et démerdez-vous (c’est le cas de le dire) pour vous en débarrasser, c’est votre problème et je vous ai prévenu que j’allais vous faire chier. Mais revenons à nos croupions…L’apparition de la pratique de l’essuyage systématique de l’arrière-train (le torchage n’existe pas, comme quoi c’est bien n’importe quoi comme habitude) coïncide donc avec le moment où l’Homme eut honte de son caca et voulut le faire disparaître sitôt sorti de ses entrailles, avec autant de culpabilité qu’une Pygmée qui aurait accouché d’un enfant blanc dans ce village d’Afrique Centrale où l’unique missionnaire européen porte croix et soutane…Mais pourquoi, me direz-vous ? (La honte de la selle, pas de l’accouchement). Parce que, vous rétorquerai-je du haut de ma superbe et de ma chaise percée, parce que voilà le caca ça ne sent pas la rose, même si on s’est empiffré un rosier entier, de l’épine à la racine. Je vais dire un gros mot, mais voilà : c’est une pratique sociale, liée à la classification des odeurs en terme de plaisir/déplaisir. Un chien, même très con, ne trouve pas qu’une merde pue, sinon il ne passerait pas cinq minutes à la renifler. Une vache ne s’embête pas à vérifier qu’elle n’est pas en train de marcher dans la bouse monumentale qu’elle vient de lâcher à terre, et le sanglier bat un record d’ignominie en se roulant dans la fange mêlée d’excréments qui lui sert d’antiparasite naturel. Nous, si, nous allons faire bien attention à tout ça, au risque de se voir considérer comme persona non grata dans n’importe quelle réunion d’homo sapiens sapiens. Imaginez la première fois où un caca sentit mauvais au nez d’un être humain, alors que jusque là on se fichait pas mal de piétiner dans la m…et même, ça portait bonheur si c’était du pied gauche et nu de préférence…Imaginez que vous êtes cet être humain (ça fait chier, je sais, de rétrograder ainsi, mais j’ai prévenu, et puis on est en TD, allez hop, exécution !!)
Imaginez donc que vous vous pointez un beau matin, tout « cul ivre » que vous êtes, juste à l’heure de servir le petit déj’ à votre chéri(e), avec la légéreté et la bonne humeur de la gazelle ou du springbok (c’est selon) qui vient de se délester des restes organithiques de la bouffe sympathique au restolithique de la veille, non digérés par votre estomac pendant la nuit(hique, si vous voulez)…Et une de ces envies de remettre le couvert après une nuit fortement érotique (sans h , pas besoin)…Imaginez que forcément vous ne vous êtes pas essuyé le derrière puisque forcément c’est vous qui allez dans quelques instants être à l’origine de cet acte incongru jusqu’alors mais universellithiquement mis en pratique depuis.. Imaginez aussi que vous marchez dans la grotte, à l’aveuglette, à la recherche de l’interrupteur qui lui non plus n’a pas encore été inventé. Forcément, dans l’obscurité vous marchez aussi dans la crotte…Imaginez que vous posez dans le noir le plateau granitique (sans h, ben quoi, pas de h au ptidéj, normal…faut pas charrier non ?) empli du produit de votre chasse matinale sur la couche de fourrure non synthétique qui sert de lit d’amour à votre couple idyllithique. Imaginez enfin que d’humeur chafouine en ce petit matin, vous vous avisez de rallumer la flamme du souvenir de ce repas romantique (sans h non plus, donc) de la veille, par la libération du plus beau pet qui soit (et pas « qui noie »), à la manière d’un ultime et vibrant hommage rendu à ce délcicieux ragôut de ragondin au raifort rémoulade, juste au moment où Chéri(e) de son côté décide d’illuminer la caverne à l’aide de son zipposilex préféré…Et vous voilà transformé en bec de gaz humain, en torche vivante et bondissante de douleur aux quatre coins de la grotte…Purement et simplement…. « torché » !!! Et dans la seconde qui suit, vous hallucinez en regardant Chéri (e) qui se barre avec la bidoche pour éviter qu’elle ne carbonise (et qui donc, pour la première fois aussi, vient de « tirer la chasse »…)… Forcément, suite à cette mésaventure à la fin moyennement heureuse (un trou d’eau qui passait par là eut le bonheur de recevoir votre fondement (et ce fut l’invention du premier bidet, ben oui c’est comme ça)) vous avez forcément pensé que vous avez merdé quelque part pour recevoir une si cruelle et cuisante punition de la part de Chéri(e). Votre esprit aussi vif que post-néolithique conclut dès lors que la cause directe de l’inflammation de votre popotin rustique (sans h, vi, ça va, à la fin…) mais malgré tout fragile ne peut être autre que la surabondance de gaz à cet endroit, ce qui vous mène à ne plus vouloir retenter l’expérience. Vous « torcher » vous-même dorénavant, c'est-à-dire à vous nettoyer le fondement de façon aussi efficace que si vous vous flambiez le fion au chalumeau semble le moyen le plus sûr pour supprimer cette odeur prenante et pénalisante (il semblerait que l’âcre ôte au cul, en quelque sorte, pour résumer) . Dans le but fort simple et louable de ne pas déplaire à Chéri(e) en vous pointant à sa rencontre un peu trop chargé d’effluves intestinales désormais jugées mauvaises, en même temps que des intentions les plus câlines à son égard… Pendant des siècles donc, l’homme se « torcha », au sens propre…Mais pas si souvent que nous, du moins on suppose que c’était juste pour les occasions liées à l’accouplement, une genre de feu purificateur pour apparaître débarrassé des odeurs qui avaient été néfastes à l’épanouissement du couple, comme ce fut le cas en ce matin mémorable…Dans le doute, il se cramait aussi sous les bras parce que bon, pas toujours au top non plus niveau fraîcheur de vivre…Imaginez aussi que dans cette région de notre anatomie ce fut la dépilation totale pendant des millénaires…au fil du temps l’homme (et la femme aussi) perdit du poil de la bête en le devenant de moins en moins (bête)…se torcha de façon symbolique et nettement plus agréable avec n’importe quel surface souple à même de le débarrasser du surplus organique que vous savez, …regagna donc du poil, à cet endroit-là où le feu n’intervenait plus (poil au cul, oui, tout à fait), ce qui explique pourquoi il ne nous en reste aujourd’hui que là où ça a repoussé plus dru qu’avant…Petit à petit, les odeurs corporelles devinrent indésirables, et l’homme eut la volonté de se « laver »…(bien sûr que le mot est directement emprunté à la lave des volcans, mais oui tout à fait, par analogie avec le feu purificateur de la torche, bravo les 3e année…) L’expression « se torcher » demeure encore aujourd’hui, à l’heure de cette merveilleuse épaisseur triple parfumée à la violette qu’on nous vante à la télé juste au moment du repas…Et si je vous ai fait un peu chier, c’est la seule façon que j’ai trouvé pour pouvoir torcher ce cours magistral en votre compagnie. Merci d’être venus en si grand nombre dans les toilettes d’Etimaulogis, c’était vraiment une grosse commission...
Amis de la colère, partisans d’ire, au revoir.
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